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UN ADOLESCENT QUI S’ENFERME DANS SA CHAMBRE

Une Maman me pose une question. Voici ma proposition.

Une nouvelle question reçue :

Bonsoir Marie-Jeanne,

Mon fils de 15 ans passe sa vie enfermé dans sa chambre. Il refuse de communiquer. Il ne sort que pour manger. Il est agressif avec moi. Que faire ?

Ma réflexion :

Bonsoir Madame, c’est une situation très déstabilisante…. Vous devez vous sentir bien démunie et bien inquiète devant cette porte fermée…. Certains adolescents ajoutent même des petits mots explicatifs : « Entrée interdite » ou « Ne pas déranger »… Certains installent même un verrou.
Dans ce cas, le parent éprouve un mélange de tristesse, de colère et de peur : « Comment mon enfant, que j’aime tant, pour lequel j’essaye tant de choses, peut-il vouloir ainsi s’éloigner de moi ???? Je lui en veux, je le trouve ingrat et je pense qu’il est en train de perdre son temps avec ses stupides jeux vidéos !!!! J’ai peur qu’il se désocialise, j’ai peur qu’il ne fasse plus rien à l’école, j’ai peur qu’il gâche sa vie….

Je comprends tout à fait ces sentiments… Mais le fait d’y rester n’arrangera rien…

Ce qui est important, c’est de comprendre de quoi il se protège ainsi. Ce qui est important, pour renouer une relation de qualité, c’est de comprendre ce qu’il vit lui. Voici un condensé des phrases que certains de ces adolescents qui se barricadent m’ont dites :

« Quand je rentre du collège (ou école, ou lycée), il faut que je réponde aux questions, que je fasse face aux reproches et aux angoisses de ma mère (ou de mes parents) et je suis fatigué(e) et j’ai besoin de me changer les idées…. ça a déjà été assez difficile ! :
« Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ? Combien tu as eu à ton contrôle de maths ? Et Mathieu, Léa ou Laura, ils ont eu combien ? »
« Ma mère me fait toujours des reproches : tu n’as pas rangé ta chambre, tu n’aides pas assez, tu n’as pas assez travaillé, tu traines avec tel copain et ça ne me plait pas, tu devrais lire au lieu de faire des bêtises, tu n’es pas allé mettre les épluchures au composteur, tu n’as pas encore pris ta douche, tu devrais aérer, ta chambre sent les chaussettes sales. »
« Tu ne veux pas continuer le violon mais oui, il faut absolument ! « 
« Tu voudrais devenir footballeur, mais tu ne vois pas que c’est n’importe quoi ? »
« Tu n’as pas encore téléphoné pour réserver ton stage, pour souhaiter bon anniversaire à ta grand-mère, pour demander le numéro de téléphone des parents de ton copain, pour…. ! »
« Fais attention à l’alcool, à la drogue, au sida, aux motos, au chômage, aux mauvaises fréquentations ! »
Même la tendresse peut être proposée sous forme de reproche : « Tu ne me fais pas de bisou en rentrant ! »
Alors, l’adolescent se claquemure et se réfugie dans un monde virtuel, avec des amis du bout du monde ou tout proches mais qui, eux, ne lui feront pas de reproches, ne lui demanderont rien, ne lui feront peur que virtuellement !….

Tous les parents voudraient avoir de bonne relations avec leurs adolescents !
TOUS les adolescents voudraient avoir de bonnes relations avec leurs parents !

….. Mais pas de la même manière !

Les ados savent qu’ils ont encore besoin de solidité, de références, de conseils, d’informations. Ils disent tous qu’ils aimeraient vivre de la tendresse avec leurs parents, qu’ils ont besoin de se sentir aimés et soutenus. Ils reconnaissent souvent que le discours de leurs parents n’est pas dénué de bon sens.

Ils disent tous, surtout, qu’ils auraient besoin que leurs parents les comprennent !

Que faut-il faire, en tant que parent pour comprendre un ado ? Pour établir une communication saine avec lui ?

J’ai donné beaucoup d’exemples dans mon ouvrage : « La communication sans violence ». J’ai expliqué aussi dans « La violence à l’école »… La méthodologie prend tout un livre… Mais, en quelques mots, je résume :

1°) Ecouter, s’intéresser vraiment au monde de votre enfant… Poser des questions pour mieux comprendre et ne pas juger :
Ah bon, toi tu voudrais ceci ou cela ? pourquoi c’est important pour toi ?
ou Ah ! tu es très contrarié de devoir faire ceci ou cela… pourquoi ?
ou C’est vraiment difficile, pour toi, en ce moment ?
ou Tu es vraiment content de…… Tu veux m’en parler ?
2°) Valider son sentiment :
Oui, je comprends bien que ce serait sympathique, que ça te ferait plaisir ! 
ou Réussir cela, ça te paraît tout à fait impossible..
ou Tu te sentirais ridicule
ou Je comprends que c’est vraiment important pour toi d’être populaire, sinon, tu serais isolé(e).

etc…..

Je vous propose même d’essayer de lui dire : « Je comprends que je n’ai pas toujours compris ce qui était important pour toi, que j’ai essayé de te donner des conseils trop tôt, que j’ai porté des jugements sur ce qui te tenait à coeur…. Je voudrais essayer, cette fois, de te comprendre… Mais je resterai ton parent et je te dirai aussi ce que je pense, ensuite.

Ensuite, il est important de donner sa position, son avis d’adulte mais SANS MORALISER NI DISQUALIFIER l’avis de l’ado.. « Voilà ce que je pense, moi… » ou « Voici la décision que je prends pour dire oui ou non à ta demande ». Il s’agit de ne pas entraver la liberté de penser ni la liberté d’éprouver de votre adolescent.

C’est exactement la même chose pour nous : supporterions-nous qu’on nous dise que nous ne devrions même pas avoir envie de ce dont nous avons réellement envie ? besoin de ce dont nous avons besoin ? Supporterions-nous d’être jugés sur nos opinions, nos souhaits, nos pensées ?

Cet article pourrait être encore longuement développé…

Merci Madame, de m’avoir posé cette question… Encore une fois, j’espère que ma réponse pourra vous aider !

Marie-Jeanne

Image d'illustration de cet article "UN ADOLESCENT QUI S’ENFERME DANS SA CHAMBRE" par ed